Le passage du primaire au collège : un moment clé de bascule vers le harcèlement scolaire

Le passage de l’école primaire au collège constitue une étape charnière dans la scolarité des enfants. Souvent présenté comme une évolution naturelle vers plus d’autonomie et de maturité, ce changement marque pourtant une période de grande vulnérabilité psychologique et sociale. L’adolescence et harcèlement deviennent alors des enjeux centraux : de nombreuses études et observations de terrain montrent que cette transition correspond à un pic de risques en matière de harcèlement scolaire. Perte de repères, recomposition des groupes sociaux, hiérarchisation brutale des statuts : le collège devient pour certains élèves un terrain d’exposition accru à la violence entre pairs.

Adolescence et harcèlement scolaire

Une rupture scolaire plus profonde qu’il n’y paraît

Le passage en sixième n’est pas une simple continuité pédagogique. Il s’agit d’une rupture structurelle :

  • changement d’établissement ;
  • multiplication des enseignants ;
  • augmentation du nombre d’élèves ;
  • nouvelles règles implicites et explicites ;
  • autonomie exigée plus importante.

Pour beaucoup d’enfants, ces transformations s’opèrent alors que leur développement émotionnel reste fragile. À 10–11 ans, l’enfant entre dans la préadolescence, une période marquée par une forte sensibilité au regard des autres, une peur accrue de l’exclusion et un besoin de reconnaissance sociale.

Cette fragilité crée un terrain propice à l’émergence du harcèlement scolaire.

Perte de repères et insécurité sociale

En primaire, les élèves évoluent dans un cadre relativement sécurisant : une seule classe, un enseignant référent, un groupe stable. Au collège, ces repères disparaissent brutalement. Les élèves doivent naviguer entre plusieurs classes, plusieurs adultes, plusieurs espaces, souvent sans accompagnement suffisant.

Cette perte de repères peut générer :

  • de l’anxiété ;
  • une baisse de confiance en soi ;
  • une difficulté à se positionner socialement.

Les élèves les plus discrets, anxieux, atypiques ou porteurs de différences (troubles dys, TDAH, hypersensibilité, origine sociale ou culturelle minoritaire) deviennent alors plus visibles… et plus vulnérables.

Recomposition des hiérarchies sociales : la loi du groupe

Le collège est un espace de recomposition sociale rapide. Les anciens groupes de primaire éclatent, de nouvelles alliances se forment, et une hiérarchie implicite s’installe très tôt. Dans ce contexte, le harcèlement joue souvent un rôle fonctionnel : il permet à certains élèves de asseoir leur position, de gagner en visibilité ou de renforcer la cohésion d’un groupe au détriment d’un élève ciblé.

Le harcèlement devient alors :

  • un outil de domination ;
  • un moyen d’exister socialement ;
  • un mécanisme de régulation du groupe.

Les élèves « différents » ou perçus comme faibles sont plus fréquemment désignés comme cibles, non pas pour ce qu’ils font, mais pour ce qu’ils représentent dans cette nouvelle organisation sociale.

L’entrée en sixième : un pic statistique du harcèlement

Les données issues des enquêtes nationales et internationales montrent que les premières années de collège concentrent une forte proportion des situations de harcèlement. Cette hausse s’explique par plusieurs facteurs combinés :

  • manque de vigilance initiale des adultes ;
  • difficulté à identifier les violences émergentes ;
  • banalisation des moqueries ;
  • absence de liens forts entre élèves.

Les violences commencent souvent de manière insidieuse : surnoms, rires, mises à l’écart, commentaires répétés. Elles sont rarement signalées immédiatement, car les élèves espèrent « que ça va passer » ou craignent d’aggraver leur situation.

Le rôle déterminant des adultes… et leurs limites

Les enseignants et personnels éducatifs jouent un rôle clé dans cette phase de transition. Pourtant, la structure même du collège rend le repérage plus difficile :

  • les enseignants voient les élèves moins longtemps ;
  • les comportements se déplacent hors de la classe (couloirs, cour, transports, numérique) ;
  • les élèves n’identifient pas toujours un adulte référent de confiance.

Lorsque les premiers signaux faibles ne sont pas pris au sérieux, la violence peut s’installer durablement. L’absence d’intervention rapide renforce le sentiment d’impunité des agresseurs et l’isolement de la victime.

Prévenir le harcèlement dès l’entrée au collège

La prévention du harcèlement scolaire doit commencer avant même l’entrée en sixième. Les recherches montrent que les établissements les plus protecteurs sont ceux qui :

  • préparent les élèves émotionnellement à la transition ;
  • travaillent explicitement les règles de respect et de coopération ;
  • instaurent des adultes référents identifiés ;
  • valorisent la diversité des profils.

Des dispositifs comme les temps d’accueil progressifs, les groupes de parole, les projets de cohésion ou la médiation encadrée peuvent réduire significativement les risques.

Conclusion : adolescence et harcèlement scolaire

Le passage du primaire au collège est un moment de bascule critique. Ce n’est ni une fatalité, ni un simple ajustement scolaire, mais une transition sociale majeure qui peut fragiliser durablement certains élèves. Comprendre les mécanismes à l’œuvre permet de mieux prévenir le harcèlement scolaire et de protéger les élèves les plus vulnérables. Agir tôt, collectivement et systématiquement est la seule manière de transformer ce moment de rupture en véritable opportunité éducative.

Référence externe